Lorsqu’en 1944 le brocanteur, farceur, galeriste, anarchiste, bistro, artiste et filou Gérard van Bruaene alias « Le petit Gérard » alias « Zérar la brocante » ouvre La Fleur en Papier Doré, il s’installe dans un immeuble du 17e siècle qui était déjà depuis longtemps un estaminet, le prémonitoire Café des artistes. La Fleur deviendra vite ce pour quoi elle est célèbre aujourd’hui : le lieu où les artistes, et particulièrement les surréalistes (Marcel Mariën, René Magritte, Louis Scutenaire, etc.) et les Cobra (Dotremont, Alechinski, etc.), se réunissaient dans un décor de brocante infernale.
Né en 1891 à Courtrai, Gérard van Bruaene est arrivé à Bruxelles avec ses parents en 1905, il fait ses débuts au théâtre flamand et au théâtre l’Alhambra. Il enchaînera ensuite les ouvertures de galeries d’art, de café et de magasins d’art : Le Cabinet Maldoror, A la Vierge poupine, L’Imaige Nostre-Dame, La Diable par la Queue, L’Agneau Moustique, Le Soleil Noir, et finalement La Fleur en Papier Doré. L‘estaminet était d’emblée conçu comme lieu d’exposition. Gérard y rassembla ses biens, dont l’imposant poêle de Louvain qui viendrait d’un autre café célèbre de la bohème littéraire, Le Diable au Corps (détruit en 1928 pour faire place à l’Innovation). Plus doué pour lancer des projets que pour les faire fructifier, van Bruaene a pu bénéficier des talents de sa femme, Marie-Joséphine Cleren dite « Marietje » dite « Molleke », une véritable patronne de bistro qui a permis à la boutique de survivre aux frasques du fantaisiste Gérard. Ce décor de bric-à-brac, qui procède du collage surréaliste, de la plaisanterie et du cabinet de curiosité, était donc à l’origine un décrochez-moi-çà où l’on pouvait acheter ce qui vous plaisait. L’étage accueillait des expositions qui sont des mines d’anecdotes. Ainsi, lorsque Hans Arp arriva à la Fleur pour y exposer, il apparut que l’artiste n’avait apporté aucune œuvre. Comme il avait noté sur son agenda des dimensions, couleurs, et formes d’un certain nombre de reliefs, Van Bruane se mis au travail et produisit assez de prétendus Arp pour ouvrir son exposition… Ces contrefaçons flattaient le goût du milieu surréaliste pour les mystifications.
Gérard mourut en 1964, mais Marietje lui survécu plus de dix ans, et la Fleur resta un haut lieu de la vie littéraire bruxelloise. Son intérêt patrimonial a conduit à son classement en 1997, mais l’établissement commençait à péricliter. La Fleur a été sauvée en 2006 par une coopérative d’enthousiastes qui a couvert la cour et a annexé le rez-de-chaussée voisin (lui-même lieu de mémoire pour avoir été le premier siège du parti communiste).
L’estaminet est aujourd’hui tenu par l’équipe qui (après l’avoir restauré et fait classer) anime depuis 25 ans la Brasserie Verschueren à Saint-Gilles. Elle s’efforce de refaire de la Fleur un lieu de rencontre culturelle en soutenant et accueillant toutes sortes d’initiatives créatives, artistiques et scientifiques.

